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Fausse route, Elisabeth Badinter

fausse_routeLa bibliographie succincte de sociologie que je tiens quelque part au chaud dans une bibliothèque du séjour comprend un livre d'Elisabeth Badinter, Fausse route. J'ai retrouvé ce même titre, avec un extrait, sous la plume d'O. Bessard-lanquy dans son Sexe et littérature aujourd'hui, dont j'ai terminé la lecture la semaine passée et mon compte rendu avant-hier. Deux incitations à lire Fausse route m'ont conduit à emprunter le livre disponible en format de poche après une publication en 2003 chez Odile Jacob et à le lire. Cela s'est fait rapidement, le livre n'étant pas épais et les propos compréhensibles, même lorsque l'on ne s'est pas particulièrement intéressé auparavant à la question du féminisme ni à ses théories ou ses courants.

Le propos d'E. Badinter est globalement le suivant : les féministes victimisent la femme parce que chacun sait que la victime a raison ; les chiffres avancés sur la violence conjugale sont ainsi falsifiés et grossis et les femmes ne sont pas exemptes de violence puisque la violence est humaine et non pas uniquement masculine ; les lois sur le harcèlement sexuel vont trop loin parce qu'elles sont trop floues et laissent interpréter des situations qui ne seraient que de simples approches comme une forme de harcèlement ; les violences psychologiques faites aux femmes sont dans les enquêtes assimilées à des violences physiques : ce n'est pas en différenciant homme et femme, en leur instituant un statut biologique différent que l'on peut apaiser les tensions et mieux vivre ensemble, les hommes se trouvent acculés et dans l'incompréhension face à des demandes qui leur semblent contradictoires et considèrent que les grandes gagnantes sont les femmes qui ont le pouvoir de culpabiliser les hommes, alors même, pourtant, que ceux-ci  gardent le pouvoir économique ; il n'y a pas tant de différences entre hommes et femmes qu'entre les classes sociales et il est faux de parler des hommes et des femmes dans leur généralité puisque le sort d'une femme de banlieue n'a rien à voir avec celui d'une femme de la grande bourgeoisie,...

Certains propos sonnent justes, d'autres moins. E. Badinter s'appuie sur des thèses de féministes extrémistes américaines pour démonter leurs propos et sur des émissions de télévision ou des articles de la presse féminine (Elle en tête) pour appuyer les siens. C'est le point qui m'a le plus surpris dans ce texte : des sources qui ne sont pas universitaires mais qui sont les articles que tout le monde peut lire, avec leur simplification et leur côté réducteur. Pourquoi donc ce livre était-il placé dans un bibliographie de sociologie ? Peut-être surtout parce que le texte a fait débat, a été applaudi et décrié, parce qu'il n'a laissé personne insensible.

En 2003, je n'ai pas lu E. Badinter, mais un point en fin de volume aurait pu m'intéresser puisque j'ai été confrontée peu de temps après la maternité. E. Badinter souligne l'acharnement à placer la femme sous le signe de la maternité, revient sur ce que l'on nomme « instinct maternel » qui n'est pas biologique comme le suggère le mot instinct mais culturel et serait bien mieux remplacé par le mot « amour » et évoque ensuite cet autre acharnement qui en découle, l'allaitement maternel, avec ses vertus mises en avant pour l'enfant et pour la mère, jusqu'au QI de l'enfant qui serait plus élevé se moque-t-elle. Et ainsi presse-t-on les femmes (à qui E. Badinter reconnaît alors, curieusement, en contradiction avec ce qu'elle déclaire précédemment, un statut de victime) à donner le sein, tout le personnel médical se ralliant pour déconseiller un autre moyen d'allaitement. Mais passons, ceci n'est qu'un détail de fin d'ouvrage, de même que la question du voile islamique.

Par contre, d'autres thèmes sont abordés plus longuement, comme la prostitution, jugée par certaines féministes comme une violence faites aux femmes, et qu'à celles-là même qui récusent qu'on les violente puisqu'il s'agit d'un choix de leur part, ces féministes répondent qu'elles sont aliénées par le pouvoir masculin dominant et n'ont pas à s'exprimer puisqu'irresponsables, avec un lourd passé psychologique pour justifier ce pseudo-choix qui serait le leur. A une thèse en répond une autre, il y aurait pourtant à dire entre les deux, séparer choix et contrainte et accepter qu'il puisse y avoir choix comme il puisse y avoir contrainte ?

A celles qui éduquent leurs enfants en essayant d'effacer les différences de genre, E. Badinter oppose le constat que les résultats ne sont pas probants et qu'il faut construire d'abord le genre pour que chacun puisse en faire ensuite ce que bon lui semble ou ce qui peut se faire avec ses propres moyens. Il y a de l'optimisme dans cette idée, une croyance en le devenir de l'humain, mais ne serait-ce pas se voiler la face que d'imaginer l'avenir d'un individu, masculin ou féminin, se développant au mieux si à la base les stéréotypes de genre n'ont été amenuisés ? E. Badinter prend le ridicule exemple de faire faire pipi assis à son fils, mais utiliser un tel exemple et n'en évoquer aucun autre est un exercice facile pour satisfaire sa thèse...

Bref, il y a beaucoup à dire sur ce texte et je vous renvoie vers :

  • une présentation de l'ouvrage avec de nombreuses citations de celui-ci par Philippe Grün sur cette page http://www.ecrits-vains.com/critique/fausse_route.html

  • une critique élogieuse de Fausse route, avec une part personnelle qui me fait doucement rire : puisque cette personne n'a rencontré que des saints,  les hommes ne sont pas violents. Le texte est de Marie Bataille et se situe sur la même page que le texte précédent.

  • Une critique négative de Fausse route, avec importantes citations de sources (qui ne sont pas prises dans la presse féminine !), critique intéressante même si certains propos d'E. Badinter me semblent aller en-deça de ce qui en est dit (l'amplification est utilisée chez E. Badinter, dénoncée chez autrui, mais utilisée aussi dans cette critique de Fausse route à son détriment). Le texte est d'Elaine Audet. Voir ici : http://sisyphe.org/spip.php?article598

 

Fausse route, Elisabeth Badinter, Le livre de poche (2005), 6 €

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La quatrième de couverture, pour finir. Il s'agit aussi des dernières lignes du volume :

" Les stéréotypes d'antan, pudiquement appelés "nos repères", nous enfermaient mais nous rassuraient. Aujourd'hui, leur éclatement en trouble plus d'un. Bien des hommes y voient la raison de la chute de leur empire et le font payer aux femmes. Nombre d'entre elles sont tentées de répliquer par l'instauration d'un nouvel ordre moral qui suppose le rétablissement des frontières. C'est le piège où ne pas tomber sous peine d'y perdre notre liberté, de freiner la marche vers l'égalité et de renouer avec le séparatisme. Cette tentation est celle du discours dominant qui se fait entendre depuis dix ou quinze ans. Contrairement à ses espérances, il est peu probable qu'il fasse progresser la condition des femmes. Il est même à craindre que leurs relations avec les hommes se détériorent. C'est ce qu'on appelle faire fausse route. " E. B.  

Posté par Steph à 10:19 - LITTERATURE EROTIQUE & MAGAZINES - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

Bonsoir, je ne peux que réagir, cette femme je l'ai entendu il n'y a pas très longtemps à la radio critiquer l'allaitement au sein, elle disait que c'était une idée d'hommes pour cloitrer les femmes à la maison. Ma fille a allaité son fils pendant 1 an et elle travaille. Cette femme qu'a t-elle transmis à ses enfants comme amour, comment s'en est elle occupée? je suis prêt à parier que c'était une gouvernante qui s'en occupait. Combien de fois est elle aller leur faire un petit câlin en les couchant.
Pour le pipi assis: hé bien moi qui ait une certaine expérience ( j'ai 58 ans)je sais que même en étant habile, je ne peux pas être certain de mal viser donc par respect pour ma femme et sa corvée de nettoyage, je fais mon pipi assis et mon fils quand il vivait chez nous faisait de même.
Je pense que cette femme a eu une certaine renommée par le nom qu'elle porte, pour le reste..; c'est facile de conseiller ou critiquer quand on est pas comme un smicar

Posté par juju051, 26 septembre 2010 à 22:16

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